Pendant que notre voilier affrontait cette succession de tempêtes, ailleurs dans le même Atlantique

Naufrage du Sonia Nancy : dix marins sauvés dans une tempête force 11
4 janvier 1998, Atlantique Nord.
Ce jour-là, au large de l'Irlande et des îles Scilly, dix hommes vont vivre pendant près de dix heures une situation qui semble sans issue.
Neuf sont Espagnols. Le dixième, David Fox, est Irlandais.
Ils sont à bord du Sonia Nancy, un chalutier pris dans l'une des violentes tempêtes qui frappent alors l'Atlantique.
Le vent atteint force 11. La presse de l'époque rapporte des vagues d'environ 15 mètres ; le pilote de l'hélicoptère de sauvetage estimera certaines d'entre elles entre 40 et 70 pieds, soit environ 12 à 21 mètres.
Une panne moteur en pleine tempête
Le Sonia Nancy connaît une panne moteur et doit être pris en remorque par un autre chalutier, le Mapescal.
Mais vers 7 heures du matin, une énorme vague frappe les navires.
La remorque casse.

Les tentatives pour la rétablir échouent. Le Sonia Nancy se retrouve privé de propulsion et livré à la tempête. De l'eau pénètre dans le navire et la situation se dégrade rapidement. À 7 h 25, un appel de détresse est lancé.
Le chalutier commence une longue dérive.
Des radeaux de survie emportés par la mer
Les Britanniques déclenchent une importante opération de secours.
Un avion Nimrod de la RAF rejoint la zone et largue des radeaux de sauvetage.
Mais même cette solution échoue : la violence de la mer rend leur récupération extrêmement difficile et les radeaux sont emportés. Un compte rendu ultérieur devant le Parlement britannique confirmera que les mers étaient si féroces que les radeaux ayant atteint le navire lui étaient arrachés.
Il faut trouver une autre solution.
Le Fort Descaix tente de s'approcher
Un énorme porte-conteneurs français, le Fort Descaix, d'environ 30 000 tonnes, se détourne pour porter secours aux dix hommes.

Un transfert devenu impossible
Le cargo français Fort Descaix tente de porter secours aux dix hommes du Sonia Nancy. Mais la mer est beaucoup trop forte pour permettre aux deux navires de se rapprocher suffisamment.
Un transfert de bord à bord aurait pu nécessiter l’utilisation d’un d’un filet de sauvetage, déployé le long de l’immense coque du cargo. Par temps calme, une telle manœuvre demande déjà beaucoup de prudence.

Dans une tempête de force 11, elle devient pratiquement inimaginable.
Le chalutier et le cargo, de tailles et de masses très différentes, sont soulevés et précipités par des vagues gigantesques sans effectuer les mêmes mouvements. Un marin tentant de rejoindre l’échelle pourrait être projeté contre la coque, tomber à la mer ou être écrasé entre les deux navires.
Pour les hommes du Sonia Nancy, tenter de passer bord à bord dans de telles conditions aurait ressemblé à une véritable roulette russe.
Des hommes qui ne veulent pas quitter leur bateau par la mer

C'est là que l'on peut comprendre ce qui, dans certains récits, prend presque l'allure d'une révolte à bord.
Pour les marins, l'idée d'un passage bord à bord apparaît extrêmement dangereuse.
Le transfert n’a donc pas lieu. La mer est trop démontée.
The Irish Times rapporte que le cargo ne parvient pas à se placer le long du Sonia Nancy en raison de l'état de la mer. Le sauvetage par voie maritime devient impossible.
Les dix hommes restent donc à bord.
Il ne reste plus que l'hélicoptère
Les Britanniques envoient alors un Sea King de la Royal Air Force.
La mission est déjà exceptionnelle par sa distance.
Les vents contraires ralentissent tellement l'hélicoptère qu'il doit effectuer deux ravitaillements pendant son transit. Lorsqu'il atteint finalement le chalutier, il opère pratiquement à la limite de son rayon d'action. Le Parlement britannique rapportera quelques mois plus tard que le Sea King ne disposait que d'une petite zone encombrée à l'avant du navire pour tenter le treuillage.
Le premier Sea King arrive peu après 16 heures.
Son pilote, le Flight Lieutenant Al Potter, découvre une mer comme il dit n'en avoir jamais vue.
Le vent arrache tellement d'eau aux crêtes des vagues qu'une couche d'embruns flotte au-dessus de l'océan.
Et le temps presse.
Il ne reste qu'environ 50 minutes de carburant disponibles pour effectuer le sauvetage.
Le treuilliste est violemment projeté contre le chalutier

Le Flight Sergeant Pete Joyce descend au bout du câble.
Il doit normalement rejoindre le Sonia Nancy et organiser depuis son pont l'évacuation des marins.
Mais sous ses pieds, le chalutier monte, descend, roule et tangue de manière imprévisible.
Une énorme vague frappe le navire.
Suspendu au câble, Pete Joyce ne peut maîtriser son déplacement.
Il est violemment projeté contre le chalutier.
Le choc est suffisamment important pour que la manœuvre soit interrompue. Blessé et sonné, le treuilliste est remonté dans le Sea King. Le compte rendu présenté quelques mois plus tard au Parlement britannique confirmera également cet accident.
C'est précisément la scène représentée par notre illustration.
Il faut improviser un autre sauvetage
Impossible désormais de déposer le treuilliste sur le Sonia Nancy.
L'équipage du Sea King change donc de méthode.
Le câble va être descendu directement vers les marins.
Une difficulté supplémentaire apparaît : neuf des dix hommes sont Espagnols et les instructions arrivent en anglais depuis l'hélicoptère.
C'est alors que David Fox, l'opérateur radio irlandais du Sonia Nancy, joue un rôle déterminant.
Le copilote Ian Saunders transmet ses instructions par radio. David Fox les reçoit et les traduit en espagnol à ses compagnons.
Les dix membres d'équipage sont finalement hélitreuillés, deux par deux.
L'opération réussit.
Les dix hommes sont vivants.
Un porte-parole des garde-côtes donnera ensuite une image saisissante de ces dernières minutes : le Sea King récupérait les hommes alors que le chalutier était en train de sombrer sous leurs pieds.
Le Sonia Nancy disparaît

L'équipage est conduit vers les îles Scilly, où l'hélicoptère ravitaille avant de rejoindre Culdrose, en Cornouailles.
Malgré les heures passées dans la tempête, aucun des dix hommes ne nécessite finalement de traitement hospitalier important.
Le Sonia Nancy, lui, est abandonné à l'Atlantique.
Il finira par sombrer.
Au même moment, le 3 janvier1998 plus au sud, nous étions nous aussi en mer

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