
Mémo du bord - Deux manœuvres essentielles lorsqu'il devient impossible de poursuivre sa route. Elles permettent de stabiliser le bateau et d'attendre une amélioration de la météo.
Manœuvre : mise à la cape et fuite avec traînards
Introduction
Lorsque le vent forcit et que la mer devient difficile, poursuivre sa route n'est pas toujours la meilleure décision. Dans certaines situations, ralentir le bateau, le stabiliser ou attendre une amélioration des conditions est la solution la plus sûre.
Deux manœuvres sont alors particulièrement utilisées par les navigateurs hauturiers : la mise à la cape et la fuite avec traînards, également appelée utilisation d'une ancre flottante ou d'une drogue de fortune.
Ces techniques permettent de réduire les efforts subis par le bateau, de soulager l'équipage et d'attendre que la météo redevienne plus favorable.
Quand utiliser ces manœuvres ?
La mise à la cape ou la fuite avec traînards peuvent être envisagées lorsque :
- le vent devient très fort ;
- la mer est fortement formée ;
- il devient impossible de tenir une route en sécurité ;
- l'équipage est fatigué ;
- une avarie impose d'attendre une amélioration des conditions.
L'objectif n'est plus d'avancer, mais de préserver le bateau et son équipage.
La mise à la cape
La mise à la cape consiste à placer le bateau dans une position stable face au vent et à la mer.
Le bateau dérive lentement tout en limitant les chocs et les mouvements violents.
Cette manœuvre permet notamment de :
- réduire la vitesse ;
- limiter les embarquées ;
- laisser l'équipage se reposer ;
- préparer une réparation ou une nouvelle stratégie.
Les principales étapes
- réduire fortement la voilure ;
- orienter correctement le bateau face au vent ;
- laisser le bateau dériver naturellement ;
- surveiller en permanence la dérive et les environs.
La fuite avec traînards
Lorsque les conditions deviennent encore plus difficiles, certains navigateurs préfèrent fuir dans le sens de la houle en utilisant un traînard.
Un objet est remorqué derrière le bateau afin de créer une forte résistance dans l'eau.
Cette résistance :
- ralentit le bateau ;
- améliore sa stabilité ;
- limite les départs au surf ;
- réduit les risques d'enfournement.
Quels objets peuvent servir de traînard ?
Selon les circonstances, différents objets peuvent être utilisés :
- une drogue de fortune ;
- un seau solide ;
- un sac spécialement conçu ;
- des aussières montées en boucle.
Le choix dépend du bateau, du matériel disponible et de la force du vent.
Le matériel recommandé
Pour préparer cette manœuvre, il est conseillé de disposer de :
- une drogue ou une ancre flottante ;
- un bout solide d'au moins 20 à 30 mètres ;
- un mousqueton ou un émerillon ;
- des gants ;
- un couteau accessible rapidement.
Préparer ce matériel avant le départ permet de gagner un temps précieux en cas d'urgence.
Les points de vigilance
Pendant toute la manœuvre :
- restez attaché au bateau ;
- surveillez l'état du bout ;
- vérifiez régulièrement la dérive ;
- gardez une veille permanente ;
- préparez la reprise de la navigation lorsque les conditions s'améliorent.
Une surveillance constante reste indispensable.
Après le gros temps
Lorsque le vent diminue :
- contrôlez le gréement ;
- inspectez les voiles ;
- vérifiez les haubans ;
- contrôlez les fixations ;
- reprenez progressivement votre route.
Ne reprenez jamais la navigation tant que les conditions restent dangereuses.
Une manœuvre que j'ai utilisée pendant ma traversée
Lors de ma traversée hivernale de l'Atlantique, dans le golfe de Gascogne, nous avons dû mettre le bateau en fuite avec un traînard de fortune.
Un simple seau solidement attaché derrière le voilier créait une résistance suffisante pour ralentir le bateau et limiter les accélérations dans les vagues.
Dans une mer très formée, cette technique permet de conserver davantage de contrôle et de réduire les contraintes sur le bateau.
Cette expérience m'a montré qu'un équipement très simple peut parfois devenir un véritable dispositif de sécurité lorsque les conditions se dégradent brutalement.
À retenir
La mise à la cape et la fuite avec traînards font partie des manœuvres de sécurité les plus utiles en navigation hauturière.
Elles ne permettent pas de poursuivre la route, mais donnent au navigateur le temps nécessaire pour protéger son équipage, préserver son bateau et attendre une amélioration de la météo.
Voir aussi
- Fiche n°00 : Homme à la mer
- Fiche n°03 : Météo marine – Savoir lire une carte météo
- Le récit de ma traversée du golfe de Gascogne, où j'explique comment nous avons utilisé cette technique au cœur d'une forte tempête.